samedi 30 juin 2012

Pourquoi racontes-tu, toi, mes œuvres de justice ?



Frères et Pères, si seulement j’avais gardé un perpétuel silence : j’aurais pu alors déploré mes défauts, sans jamais me charger de l’office d’enseigner, sans adresser d’instruction à votre Charité, sans rien faire pour montrer à autrui les voies du salut : non que ce soit une occupation contraire au commandement de Dieu, bien plutôt est-ce là une chose qui lui est agréable, mais c’est moi en fait qui me trouve indigne d’une telle charge spirituelle. Aussi ai-je craint, moi chétif, qu’à mon sujet on ne m’appliquât très à propos ce mot de David : « Dieu a dit au pécheur : Pourquoi racontes-tu, toi, mes œuvres de justice, et c’est toi qui as haï l’instruction et rejeté mes paroles derrière toi » St Syméon le Nouveau Théologien ( Catéchèses II)

Si le grand saint le dit, combien plus puis-je prendre à mon compte de  telles paroles...Bien souvent je me demande pourquoi continuer cette publication... Chers frères, priez Dieu pour le pauvre Maxime

vendredi 22 juin 2012

Qui bene amat bene castigat ?

"La société n'ose plus éduquer. Le discours idéologique anglo-saxon est en train de prendre le pouvoir, considérant qu'il ne faut absolument pas traumatiser l'enfant. Cela devient une sorte de phobie de la violence. Je pense que l'on est dans ce que Alain Minc avait appelé l'ivresse démocratique, où on n'ose plus critiquer quelqu'un, on n'ose plus rentrer dans le lard..." Ainsi s’exprimait Bertrand Vergely, le philosophe et théologien orthodoxe lors d'une interview faite pour le site http://www.atlantico.fr/ à l'occasion d'un procès fait au maire de la commune de Cousolre, et assorti d'une 1000 euros d'amende avec sursis pour avoir giflé un adolescent de 15 ans qui avait avait proféré des menaces de mort à son encontre après l'avoir insulté alors que le maire ( ayant qualité d'officier de police judiciaire ) lui reprochait d'escalader un grillage pour récupérer un ballon tombé dans un terrain communal.


Il y a deux ans j'avais écrit un article sur orthodoxe-ordinaire qu'il ne me paraît pas inutile de reproduire ici dans le cadre de ce blog, sachant que l'on ne lit pas forcément tous les articles, ni ne les relit encore moins.


Qu’est-ce qu’aimer vraiment ses enfants ?


Désormais de nos jours, la plupart des parents que nous sommes, voulant donner à leurs enfants confiance en eux-mêmes, pour les rendre forts dans leur vie d’adulte à venir et contribuer au développement de leur personnalité et à l’affirmation de leur singularité, dans un monde où la compétition fait rage, nous sommes continuellement en train d’encourager la moindre de leurs réalisations en les félicitant, en leur disant combien nous sommes fiers d’eux et en leur donnant toutes sortes de récompenses en ces occasions.


Ce n’est certes pas le genre de comportement parental qui était courant autrefois ni naguère. On considérait les phases de croissance de l’enfant du point de vue de leur aboutissement sans trop s’attarder sur les phases transitoires de leurs apprentissages et de leurs réalisations. On s’en réjouissait certainement mais on avait plutôt tendance à montrer à l’enfant que tous ses succès étaient normaux et n’avaient pas à être spécialement montés en épingle. En revanche, il est vrai, on insistait plutôt davantage sur les défauts, les corrections à apporter, les efforts à faire encore et les insuccès qu’il ne fallait pas renouveler.



Mais, peu à peu, de plus en plus, se sont répandues, par le biais de travaux, d’ouvrages de professionnels de l’enfance et d’articles de magazines en rendant plus ou moins fidèlement compte des idées concernant la reconnaissance, le respect de la personne de l’enfant et le nécessaire soutien des parents pour son développement. En tout état de cause notre époque préfère appuyer sur le « positif » que de s’attarder sur le « négatif ».
Quel comportement faut-il préférer ?
Quelle est l’attitude la plus chrétienne vis-à-vis de cela pour l’éducation des enfants ? Les parents majoritairement ne désirent que le bien de leurs enfants parce qu’ils les aiment.
Cela ne va pas de soi évidemment…


Comme nous, Orthodoxes, avons l’habitude de consulter ce qu’ont dit nos saints Pères et nos maîtres spirituels pour nous éclairer et nous guider sur tel ou tel sujet difficile de la vie quotidienne, nous citerons quelques unes de leurs paroles à propos des enfants.

Voici par exemple ce que dit Père Païssios :



« De nombreux parents, pensant qu'ils aiment profondément leurs enfants, finissent par les détruire sans s'en rendre compte. Par exemple, une mère qui aime trop sa fille, lui dit tout en la tenant dans ses bras: « J'ai le meilleur enfant du monde. » Ainsi, à partir d'un très jeune âge (quand un enfant est incapable de s'en rendre compte et de réagir contre cela), cette enfant acquiert un esprit hautain et croit qu'elle est une personne merveilleuse. Il s’ensuit qu’elle n'est pas capable de percevoir le manque de la présence de Dieu et de sa puissance bienveillante dans sa vie et, bien sûr, elle ne peut pas apprendre à faire appel à Lui. En conséquence, elle développe une confiance en soi, solide comme le marbre, qui, souvent, qui ne s’en va jamais, puisque, et le temps passant, il devient très difficile de s'en débarrasser. »


Voilà bien une sentence peu conforme à l’objectif de nombreux parents qui pourraient bien s’étonner voire s’indigner de tels propos à l’égard de leur progéniture chérie….
De tels propos paraissent bien difficiles à accepter. Il y a pourtant lieu ici de comprendre dans quel contexte l’Ancien Païssios, qui a entendu tellement de parents exprimer leurs difficultés à élever leurs enfants dit de telles paroles.

Le défi des parents qui aiment leur enfant est de l’aider à développer une bonne estime de soi qui inclut l'humilité, tout en leur enseignant que tout vient de Dieu. En vérité, nous sommes tous enfants de Dieu et tout ce que nous avons et pouvons faire vient de Lui. Il est important de se le rappeler de le remercier pour les dons qu'il nous donne et la capacité à les développer et à les appliquer. L’orgueil se développe lorsque nous pensons que nos réalisations viennent entièrement de nous ou que nous sommes intrinsèquement meilleurs que les autres.

Qu'en est-il de l’importance que nous donnons aux sports et à la compétition ? Une enquête récente a montré que ceux qui participent à des sports aussi importants que le baseball, le basket-ball ou le football sont plus susceptibles de tricher à l'école. Ces activités qui mettent l'accent sur l’accomplissement personnel indépendant de Dieu peut conduire nos enfants loin de Dieu ce qui leur rend plus difficile plus tard dans la vie la nécessité de se repentir et de se rapprocher de Dieu.

Nous, les parents avons une énorme responsabilité. Nous devons d'abord développer l'humilité nous-mêmes.

L’Ancien Païssios dit aussi :
« Les parents doivent s'occuper de leur vie spirituelle, car mis à part eux-mêmes, ils sont aussi responsables de leurs enfants. Bien sûr, ils ont l'excuse d'avoir hérité leurs traits négatifs de leurs propres parents ; cependant ils n'ont aucune excuse de ne pas essayer de se débarrasser de ces mauvaises choses, une fois qu'ils prennent conscience de leur existence. »


Il y a lieu de travailler sans cesse sur notre propre relation à Dieu c’est sans doute le plus sûr moyen de devenir un meilleur parent.
Je me rappellerai toujours ce prêtre catholique sportif - sans me souvenir de son nom - qui apprenait aux enfants à plonger du haut d'une falaise, il disait "Avant on demandait beaucoup aux enfants et on en faisait des hommes, de nos jours on leur donne beaucoup et..."

Les enfants de nos jours ont-ils beaucoup de résistance à l'épreuve, à la frustration,  beaucoup de courage devant l'obstacle, beaucoup de ténacité devant ce qui est difficile, beaucoup de patience devant ce qui ne vient pas tout de suite ? Autrement  dit sont-ils bien armés pour faire face aux difficultés de leur vie présente d'enfant et d'adulte à venir. Rien n'est moins sûr...


Sans aucun doute le juste milieu, ou plutôt l'attitude juste se trouve-t-elle dans une vie en présence de Dieu. Les normes, de quelques sortes qu’elles soient, anciennes ou nouvelles, "has-been" ou à la mode, ne concernent pas l'Esprit Saint de Dieu qui seul nous permet de discerner ce qui est bon pour l'un mais qui ne l'est pas pour l'autre, ce qui fortifie l'un mais qui peut écraser l'autre, ce qui perd l'un mais peut sauver l'autre. Le véritable amour (pas seulement pour nos enfants mais également pour notre prochain) n'est-il pas celui qui se rapproche le plus de Dieu qui sait, dans son incommensurable miséricorde, mieux quiconque, ce qui est bon pour nous et pour notre salut.

vendredi 15 juin 2012

Bien plus importants sont les moyens de salut que les voies de la perdition

"Notre négligence, notre imprudence, et notre paresse concernant notre salut sont vraiment étonnantes ; car combien nombreux sont les moyens, les facultés, et les commodités qui nous sont accordés pour ce salut par le tout-compatissant et Seigneur à la grande miséricorde ! Premièrement: notre soif naturelle pour le salut, la paix et la béatitude de l'âme ; la lumière de la compréhension et le désir de notre volonté pour tout ce qui est vrai, bon, beau, pur, exalté ; l'abondance de la grâce qui nous est donnée pour le salut , qui coule comme des rivières au sein de l'Église et désaltèrent les âmes assoiffées de salut; la proximité et la bienveillance du Seigneur pour nous sauver à chaque fois et à chaque instant; «l'Esprit lui-même intercède par des soupirs qui ne peuvent être prononcés» (Rm . VIII. 26), l'assistance et la coopération de nos anges gardiens pour notre salut, le service divin journalier dans l'Eglise, les Mystères salutaires, des prières, et l'intercession de la Mère de Dieu et tous les Saints. Il est incroyable de voir comment avec tout cela on peut encore périr, et non pas être tous sauvés. Certes, il y a beaucoup de choses qui entravent notre salut: tentations provenant de notre chair trop passionnée, du monde adultère et pécheur, du diable qui a mis partout des pièges pour notre destruction, la corruption de notre nature, notre conception et notre naissance non exemptes de péché ; les inclinations et les habitudes du péché. Cependant, bien plus importants sont les moyens de salut que les voies de la perdition. "Car bien plus grand est Celui qui est en vous (le Christ), que celui qui est dans le monde (le diable)" (I Jean IV. 4), et tous les saints ont vaincu toutes les épreuves et ont été sauvés. Mais que faisons-nous? Nous somnolons et nous dormons ! Remplis de honte, de péché, de douleur, de tristesse ! Le péché gagne sur nous d’autant qu'il a lui-même été profondément enterré en nous et a pris son ascendant sur nous, dans nos cœurs, dans notre chair passionnée, et il s'est fait une forteresse de nos propres passions, de notre amour-propre, de la concupiscence, de l'amour de l'honneur, de la fierté, de l'amour des biens, de l'incontinence, de l'auto-suffisance, du peu de foi, de l'incrédulité, de la libre-pensée, de l'hypocrisie, de la partialité, de la paresse, et par ces passions, comme avec des armes puissantes, il nous tire vers le bas et nous emmène en captivité, nous coupe et nous éloigne du Christ, notre vie véritable. C'est pourquoi celui qui désire le salut doit creuser, plonger au fond de son cœur, et construire ses fondations sur le roc, qui est le Christ le Sauveur, sur une foi forte et inébranlable en lui, sur l'espérance en lui, et sur rien ni personne d'autre, - sur un amour fort pour Lui et son prochain." St Jean de Kronstadt (extrait du texte intégralVersion française de The Church—The Treasury of Salvation par Maxime le minime du texte paru sur le site http://orthodoxinfo.com)

mardi 12 juin 2012

L'Eucharistie incarnée dans le corps de la paroisse


"La vérité de l'Église, la réalité du salut, l'abolition du péché et de la mort, la négation de l'absurdité de la vie et de l'histoire, l'application dynamique des structures d'organisation de la vie commune à l'altérité et à la liberté personnelles, tout cela est l'Eucharistie incarnée dans le corps de la paroisse. C'est de l'unité liturgique des fidèles quels que soient Ies conditions, les institutions, les complexes et les structures que part la transformation de la convivialité de masse en communion de personnes, l'accomplissement, et pas simplement la programmation, de la justice sociale, la libération du travail, dégagé de l'asservissement à la nécessité mécanisée, sa transfiguration en relation personnelle et en éυénement de communion. Seule la vie du corps eucharistique de la paroisse peut incarner le modèle du caractère « sacerdotal » de la politique, du caractère prophétique de la science, du caractère philanthropique de l'économie, du caractère sacremental de l'éros. Sans la paroisse, tout cela est théorique, idéalisme naïf, utopie romantique. Mais dans la paroisse, tout cela est réalisation historique, pοssibilité immédiate, expérience concrète." Christos Yannaras (in La vérité de la morale- Labor et Fides- Perspective orthodoxe 1970-1979 et 1982 pour la traduction française)