TRAVERSER CES TEMPS MAUVAIS EN ORTHODOXE

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mercredi 8 juin 2011

Le Starets n’applique pas de règles abstraites provenant d'un livre


"La relation entre le père spirituel et ses enfants est très variable. Certains visitent un Starets peut-être seulement une ou deux fois dans une vie, à un moment de crise particulière, tandis que d'autres sont en contact régulier avec leurs Starets, le voyant tous les mois ou même tous les jours. Aucune règle ne peut être fixée à l'avance, l'association se développe d’elle-même sous la direction immédiate de l'Esprit.
La relation est toujours personnelle. Le Starets n’applique pas de règles abstraites provenant d'un livre, comme dans la casuistique de la Contre-Réforme catholique, mais il voit en chaque occasion particulière cet homme ou cette femme qui est devant lui, et illuminé par l'Esprit, il cherche uniquement à transmettre la volonté de Dieu, spécifiquement pour cette personne unique."              LIRE L'ARTICLE en entier

(Version française de Maxime le minime de l’article du site http://www.pigizois.net/agglika/What_is_an_Elder.htm)

mardi 24 mai 2011

Comme le corps a des oreilles, ainsi en est-il de l'âme...

St Tikhon de Zadonsk
« Comme le corps a des oreilles, ainsi en est-il de l'âme. Tout le monde n’ouvre pas ses oreilles, de même toutes les âmes ne le font pas non plus. Dieu commande à l'âme : ne tue pas, ne vole pas, ne commets pas d'adultère, détourne-toi du mal et fais le bien, etc. L'âme dont les oreilles sont ouvertes, entend et écoute la parole de Dieu et fait ce que Dieu ordonne. Vraiment, une telle âme, ne peut qu’entendre Dieu et obéir à ses commandements, si elle a ses oreilles ouvertes. Les hommes écoutent et accomplissent les commandements des rois de la terre et des moindres autorités, et une âme n’écoutera pas la parole de Dieu si elle a les oreilles ouvertes ? Evidemment oui  ! Et avec quelle ferveur et quelle joie n'écoutera-t-elle pas et ne Lui dira-elle pas  : « Mon cœur est prêt, O Dieu, mon cœur est prêt » (Ps. 107:2) »

vendredi 6 mai 2011

Seul l'Esprit Saint peut juger nos âmes, personne d'autre n'a ce droit.


"Essayez de toujours veiller à ce que la prière de Jésus-Christ s’intègre à votre cycle quotidien, à votre travail, à chacun de vos souffles et à tous vos sens. Alors oui, comme votre cœur va se réjouir ! Quel bonheur vous allez ressentir parce que votre esprit s'élèvera vers les cieux ! C’est pourquoi il ne faut pas oublier de toujours dire : «Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi.»
Quand vous chanterez, vous aurez la compréhension des hymnes ; ce qui aura pour conséquence que vous aurez le désir et probablement la voix et l'humilité pour donner en retour les paroles de Dieu. Ainsi, ne pas faites davantage injure à votre âme, mais dans le secret de votre intimité dîtes la prière « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi » ...
Lorsque vous travaillez, ne laissez pas votre travail absorber toutes vos pensées et votre énergie, mais dites la prière à voix basse. Il s’en suivra que vos travaux seront bons, sans erreur, que vos idées seront claires, et que les performances de votre travail en seront améliorées. Allez-y, alors, dites la prière de Jésus-Christ, afin que vos travaux soient bénis, « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi ».

Le Saint-Esprit protège l'âme qui prie. Il entre dans les profondeurs de l'âme, Il a le contrôle sur le monde intérieur de l'âme et l'oriente vers la sainte volonté de Dieu. Ce n'est qu'alors que l'âme a le pouvoir de dire, avec le Prophète: « Bénis le Seigneur, ô mon âme, et tout ce qui est en moi bénisse son saint nom! » (Ps. 103, 1). Allez-y, priez: « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi », vous aurez ainsi la protection du Saint-Esprit.
Lorsque le Saint-Esprit protège votre âme, vous vous sentez rempli et humble. Vous n’êtes pas affectés par l'injustice, l'ironie ou la louange. Vous vivez dans une atmosphère spirituelle que le virus du péché ne peut pas pénétrer. Seul l'Esprit Saint peut juger nos âmes, personne d'autre n'a ce droit. L'Esprit Saint nous donne un regard neuf et un raisonnement neuf. Dites la prière souvent, ainsi vous pourrez vivre dans l’assurance quel que soit votre environnement « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi. » 
ANCIEN JOSEPH

dimanche 17 avril 2011

Quatre choses essentielles pour notre combat spirituel

Saint Hesychius donne ce conseil pour notre lutte pour surmonter les passions :



"Celui qui est engagé dans le combat spirituel doit cultiver à chaque instant les quatre éléments suivants : l'humilité, une extrême attention, la réfutation (des pensées) et la prière."

L' humilité, dans la mesure où ses adversaires au combat sont les démons de l'orgueil, de sorte qu'il lui faudra à portée de main l’aide du Christ dans son cœur, car « le Seigneur résiste aux orgueilleux. » (Jacques 4:6; 05:05 1Pierre)

La vigilance, de sorte que l'on ne permettra pas au cœur de laisser la moindre pensée s’installer, quelque bonne qu’elle paraisse.

Le rejet, de sorte que, dès que l'on a détecté la venue d’une pensée, on puisse la repousser immédiatement avec énergie.

La prière, de sorte qu’après avoir réfuté une pensée, on peut supplier le Christ avec «d’ineffables gémissements» (Romains 8:26) Ensuite, l'ascète verra l'ennemi lié ou pourchassé par le noble nom de Jésus, comme la poussière par le vent, ou comme une fumée qui s'évanouit avec ses rêves.

Saint Hesychius ajoute ce qui suit sur l'importance de la prière :
"Celui qui n'a pas une prière libre des pensées est sans arme pour le combat. J’entends par prière une de celles qui sont pratiquées sans cesse dans les profondeurs de l'âme, de sorte que l'ennemi qui nous combat secrètement puisse être vaincu et brûlé par cette invocation du Christ. Car il vous faut regarder avec un œil de l'esprit particulièrement attentif à ce qui le pénètre, et ce faisant, couper immédiatement la tête du serpent par le rejet, tout en appelant le Christ par des gémissements. Grâce à l'expérience, vous parviendrez à connaître l’aide de Dieu, puis vous verrez clairement la véritable condition du cœur."

Saint Théophane conseille dans son commentaire sur l'enseignement de Saint Hésychius :



"Une personne dont la décision d'appartenir au Seigneur est sincère ne peut pas éviter le chemin décrit. Il peut concevoir de grandes œuvres et tourner autour des choses de différentes manières, mais jusqu'à ce qu'il vienne dans cette voie, ce sera sans résultat. Je vous indique directement la voie afin que vous n’erriez pas dans toutes les directions. Soyez plus diligents dans votre entreprise, et vous trouverez le succès. Cependant, vous devez œuvrer de toutes vos forces, parce que sans efforts il n'y aura rien."

mercredi 6 avril 2011

La vie orthodoxe... dans un pays orthodoxe !

C'est ça aussi la vie orthodoxe.
Ça, c'était un (bon) début de Carême...à Kalymnos !



jeudi 24 mars 2011

"Nous avons besoin de faire un pas et Dieu alors en fera dix" par Père Moïse de l'Athos

L'Ancien Porphyrios - Témoignage et expériences
Conversations avec des amis grecs et chypriotes 


P. Moïse de la Skite
St Panteleimon
de l'Athos
K.I. : Père Moïse, comme on peut le constater à la lecture de vos livres, la question de la souffrance est un sujet qui vous préoccupe beaucoup, un sujet important pour vous sur lequel vous vous êtes sérieusement penché ?
L’Ancien Porphyrios, que vous avez connu, était un homme qui a beaucoup souffert et beaucoup aimé.

Père Moïse: Je vous remercie de m'avoir donné cette occasion de parler d'un Ancien, en vérité, à propos de la souffrance et de l'amour. Je vous remercie également de présenter les choses de cette manière, parce que nous parlons parfois de certains événements merveilleux dans la vie d'une figure vertueuse et nous sommes impressionnés ou bien nous sommes remplis d'enthousiasme, voire d'extase. Nous oublions que, pour y arriver, ils ont eu une longue lutte d’ascèse, humble, et déterminée.

Cet ascétisme n'est certainement pas un but en soi mais c'est un moyen de parvenir à la fin, qui est la sainteté, la theosis, la participation de l'homme, par la grâce, en Dieu. Ainsi cette pauvre petite personne peut devenir comme le fer qui tombe dans le feu et devient lui-même le feu.

Comme les textes patristiques nous le disent, vous devez donner du sang pour recevoir l'esprit. La vie spirituelle n'est pas une conversation de salon, une conversation philosophique sur Dieu sans avoir ressenti Dieu. Pour que nous puissions devenir libre et parvenir à la bénédiction de Dieu comme ses enfants dans la grâce et la joie de ses bien-aimés, une lutte longue et déterminée d'obéissance dans l'Eglise est nécessaire.

Père Porphyrios était vraiment un homme de vertu. C’est avec beaucoup de modestie et parcimonie, que nous devons parler des événements qui ornent sa vie, sans exagération, sans falsification, mais plutôt avec un sens des responsabilités et de la sobriété, en citant ces choses que nous connaissons bien.

Nous devons d'abord réaliser que les saints vivent dans notre siècle, que les saints sont à côté de nous, que la sainteté est possible et qu’elle est réalisée après une discrète et humble lutte ascétique.

Père Porphyrios a atteint un niveau élevé de vertu. Il y est parvenu, car il a maintenu une grande pureté dans sa vie. Il y est parvenu, car il était très humble. Il y est parvenu, car il était très obéissant. Il a vécu avec des Anciens exigeants à Kavsokalyvia sur la Sainte Montagne jusqu'à ce qu’une grave maladie le sépare de sa chère Sainte Montagne et l'amène auprès du monde, pour devenir un guérisseur de personnes, non seulement de leur maladie spirituelle et leur péché (car il était un bon père spirituel), mais aussi de leurs maux corporels.

Il avait beaucoup d'amour qui découlait avant tout de son amour envers Dieu. L'amour chrétien a toujours deux natures: vous ne pouvez pas aimer l'homme, si vous n'avez pas l'amour de Dieu et vous ne pouvez pas aimer Dieu sans aimer l'homme.

Ainsi, l’Ancien Porphyrios, surtout vers la fin de sa vie, s'est entièrement consacré aux personnes. Ils venaient à lui par dizaines et par centaines pour être consolés par ses conseils et par son don de clairvoyance que Dieu donne à ceux qui sont purs et qui en sont dignes. Il s'agit d'un don de Dieu, qu’Il donne aux humbles et à ceux qui savent le conserver ainsi. Dieu ne veut pas accorder ce don à ceux qui n’en sont pas dignes, car alors il deviendrait une arme meurtrière.

L’Ancien nous montre de la façon la plus claire et indubitable que la sainteté existe dans notre siècle. Si le monde manque de saints, alors le monde manque de sens. Les saints soutiennent le monde et le plus important besoin du monde est la sainteté. Nous sommes soutenus par la sainteté, nous sommes soutenus par les saints. Voyez-vous quel pouvoir et quelle richesse une personne sainte comme l’Ancien Porphyrios constitue pour l'Eglise et pour le monde?
Je vais dire quelque chose sur mes rencontres avec l’Ancien Porphyrios.

KI : Nous allons écouter ce que vous avez à nous dire sur l’Ancien Porphyrios avec grand plaisir. Je suis vraiment ému, Père Moïse, par ce que vous nous avez dit de l’Ancien Porphyrios.

Père Moïse : Mes rencontres avec l’Ancien Porphyrios m'ont laissé ces choses que je viens de mentionner.

Une fois, quand j'étais malade, je suis allé lui rendre visite pour recevoir sa bénédiction. Il m'a dit exactement ce dont je souffrais, alors que les médecins, pendant de nombreuses années, avaient eu beaucoup de difficulté à faire un diagnostic précis. Lorsque, après être revenu de consulter à nouveau des médecins je suis retourné rendre visite à l’Ancien Porphyrios Elder, il m’a dit : «Ce don, mon enfant, ne m’appartient pas, il vient de Dieu. Je dis ce que Dieu me dit, et pas ce que disent mon esprit, mon imagination, mon avis, ou mes autres capacités. »

Ensuite, il a parlé de l'incident suivant : « Il ya quelque temps un professeur d'université qui est venu me rendre visite et il s'est plaint d'un problème qu'il avait. Je lui ai dit, Professeur, ces problèmes proviennent du ventre de votre mère. » Le professeur s’est mis à pleurer. Je lui ai dit : « Vous, un professeur d'université, vous pleurez ? »
«Vous avez raison, Père, m’a-t-il répondu mais vos paroles résonnent très profondément en moi. Ma mère m'a dit que quand j'étais dans son ventre, mon père lui a lancé un coup de pied de sorte qu’elle fasse une fausse couche. » Puis l’Ancien Porphyrios a ajouté: « Étais-je, mon enfant, dans l'utérus de la mère de ce professeur ? Dieu éclaire-moi pour dire ce que je dis. »

Il y a tellement de choses à dire sur l’Ancien Porphyrios que nous pourrions parler pendant des heures.

Je voudrais insister sur l’humilité de Père Porphyrios. Son humilité était si grande que quand il a prévu sa fin, il s'est retiré du monde, afin qu'il ne soit pas honoré à à sa mort, en retournant à l'endroit où il a commencé sa lutte spirituelle à la skite de Kavsokalyvia. C'est une preuve de plus de la richesse de son cœur, qui a attiré la grâce de Dieu et lui a donné de riches bénédictions.
La grâce de Dieu est nécessaire, mais notre lutte personnelle est également nécessaire. Nous avons besoin de faire un pas et Dieu alors en fera dix. Nous avons besoin de travailler, mais pas de croire en nos propres bonnes œuvres, car comme Saint Marc l'Ascète le dit aussi : l'homme n'est pas justifié par ses œuvres.

La coopération est nécessaire; la coopération avec Dieu. Nous devons faire connaître notre volonté, et Dieu se donnera totalement à nous. Il nous donnera tout, si nous le suivons avec bonté et fidélité.

KI: « C'est pourquoi, comme nous en avons l'occasion, faisons du bien à tous, en particulier à ceux qui sont de la maison de la foi. »

(version française par Mamime le minime du site http://www.oodegr.com/english/biblia/Porfyrios_Martyries_Empeiries/B6.htm)

vendredi 11 mars 2011

Transformer les activités quotidiennes de la vie en leçons spirituelles


Nous avons souvent le sentiment que notre vie quotidienne nous détourne de penser à Dieu. C'est une tournure de notre esprit que nous devons apprendre à changer. Notre esprit ne retient des éléments de ce qui nous environne et ne les interprète que selon qu’ils participent à notre bien-être de façon automatique. C’est ainsi en vérité que tout ce que nous percevons est par essence dénué de toute signification spirituelle. Changer cela afin que toute chose soit pour nous un accroissement de notre conscience de Dieu, requiert de notre part un effort d’élévation de notre conscience de sorte que nous cherchions toujours une signification spirituelle à ce que nous percevons par nos sens.

Voici quelques conseils de Saint Théophane le Reclus.



"Il vous est nécessaire de réinterpréter tout ce qui s’offre à vos yeux dans un sens spirituel. Cette réinterprétation doit remplir votre esprit à un point tel que lorsque vous regardez quelque chose, vos yeux voient quelque chose de sensuel, mais votre esprit perçoive une vérité spirituelle. Par exemple, vous voyez une tache sur une jupe blanche et trouvez cela déplaisant, comme quelque chose de honteux qui s’est produit. Réinterprétez cela en envisageant combien cela doit paraître regrettable et désagréable au regard du Seigneur, des anges et des saints de voir la tache du péché sur nos âmes, pures à leur création selon l'image divine, renouvelées dans les fonts baptismaux, et purifiées dans les larmes de la repentance. Voyez comment les petits enfants, lorsqu'ils sont laissés à eux-mêmes, courent en faisant du bruit et créent de l’ agitation. Réinterprétez cela en percevant comment nos âmes font du bruit et du tapage lorsque leur attention se détourne de Dieu et de la crainte de Dieu."

Nous pouvons voir que presque n’importe quel évènement peut être considéré comme une leçon pour notre bénéfice spirituel. Vous pouvez commencer à examiner toutes les choses autour de vous et en chercher une interprétation spirituelle qui maintienne en face de vous le souvenir de Dieu tout le temps. Examinez votre environnement et commencez à leur donner une signification spirituelle. 



Saint Théophane dit :
"Lorsque vous ferez cela, chaque chose sera pour vous comme un livre saint ou un article dans un livre saint. Chaque chose vous mènera à une pensée de Dieu, ... Tout vous parlera de Dieu et gardera votre attention sur lui."

mardi 8 mars 2011

Contrôle, maîtrise, dépendance, ou abandon, confiance et obéissance...


Jusqu'à un certain âge - qui varie selon les personnes - nous avons le sentiment qu'il nous faut avoir la maîtrise de notre vie, que nous faisons des choix déterminants pour notre avenir, qu'il ne nous faut compter que sur nous-mêmes, que nous devons aller de l'avant, qu'il nous faut construire les choses de nos propres mains et que nous pouvons être fiers de ce que nous réalisons personnellement.
Nous voulons décider, conserver le contrôle de ce qui peut nous arriver. Nous voulons faire ce que nous avons envie de faire quand nous le désirons, quand cela nous prend, et nous avons la ferme conviction que nous avons légitimement le droit de faire ce que nous avons décidé, au moment choisi par nous, où nous le voulons, avec qui nous le voulons...
Et nous avons cette fierté, c'est comme ça qu'on traduit le mot anglais pride si prisé de nos jours, qu'on peut aussi traduire par orgueil... Nous avons ce sentiment d'auto-suffisance qui nous remplit de ce que l'on appelle la réalisation de soi.

Cependant il arrive que certains obstacles soient plus durs à franchir que d'autres, ou soient parfois carrément infranchissables, voire reviennent comme par ironie devant nous, comme pour nous narguer, alors qu'on les croyait disparus. Ces obstacles qui  réduisent et limitent l'expansion que l'on voulait irrésistible de notre moi, peuvent être de tous ordres : matériels, techniques, financiers, physiques, physiologiques, sanitaires, accidentels, émotionnels, psychiques, familiaux, sociologiques, historiques, météorologiques... que sais-je ? Il y en a tellement !

Alors que fait-on ? Eh bien, selon les personnes - encore une fois - on se met en colère en croyant en nos forces, en nos ressources et nos compétences et on fait front, on se bat par tous les moyens, on s'arc-boute, on se défend, on lutte... ou bien on se met en colère mais différemment, plutôt dans le ressentiment, en rejetant la faute sur les autres, alors on s'indigne, on se révolte, on manifeste... ou bien on est tout à coup sans force, abattu, découragé voire désespéré, voire suicidaire, ou tout simplement on se résigne dans l'amertume...
Dans tous ces cas, on conserve la conviction que l'on peut, pourrait ou aurait pu contrôler notre vie et obtenir ce qui nous était dû, de par notre mérite ou de par notre droit le plus légitime et par une certaine idée de ce que doit ou devrait être la justice. 

Et bien souvent si l'on ne parvient pas à obtenir ce que nous désirions, alors nous faisons appel... aux autres ! Mais cela ne nous pose pas de problèmes, nous ne vivons pas cela comme une contradiction. Nous avons revendiqué jusque là notre capacité à contrôler notre vie et notre droit à obtenir, tout seuls, ce que nous voulions selon notre bon plaisir, sans nous préoccuper des autres, comme des grands ! Et nous continuons de le faire, même dans la difficulté et l'empêchement, et nous revendiquons, en même temps, sans état d'âme, le devoir des autres à s'occuper de nous, si nous sommes en panne...

Ainsi en est-il de tous ceux qui, à notre merveilleuse époque de progrès irrésistible, veulent prendre des risques dans la sécurité de l'assistance des autres, revendiquée politiquement, moralement et juridiquement comme incontournable. Ainsi en est-il de tous ceux qui jouent avec leur santé en s'adonnant à toutes sortes d'excès, ou en dépassant les bornes imposées par la nature, des sportifs qui veulent avoir les frissons de la proximité de la mort sans mourir aux femmes âgées qui veulent enfanter en s'apercevant brutalement qu'elles ont raté quelque chose d'important de leur vie sans avoir voulu au moment opportun sacrifier leur carrière ou leur collection d'amants ou leur physique avantageux, ou leurs convictions féministes... ainsi en est-il de tous ceux qui veulent s'enivrer sans retenue avec toutes sortes de substances et plongent dans l'enfer de la dépendance, ainsi en est-il de tous ceux qui veulent jouir sans entraves et sans précautions de tous les corps désirables, selon leur légitime préférence sexuelle, rencontrés sur leur passage. Ainsi en est-il de ceux qui veulent un corps parfait et toujours jeune, conforme en tous points aux canons de l'esthétique contemporaine et qui s'empoisonnent avec des médicaments incertains ou finissent par être défigurés ou handicapés par des techniques chirurgicales non encore éprouvées ou effectuées avec du matériel dont la fiabilité sanitaire n'a pas encore été  vérifiée. Ainsi en est-il même - on l'a vu tout récemment à grosse échelle - de ceux qui veulent prendre des risques financiers avec l'argent des autres tout en étant sécurisés par l'argent... des autres !

Alors se posent les véritables questions  : 
  • Qui contrôle quoi ? 
  • Qui contrôle vraiment quoi ? 
  • Qui est libre de quoi ?
  • Qui est responsable de quoi ?
  • Qui peut prétendre se passer des autres ?
  • Qui peut prétendre faire fi des autres ?
  • Qui peut être fier de quoi ?
  • Qui est dépendant de qui ?
  • Qui peut se passer du regard de qui ?
  • etc.

Une autre posture est celle de celui qui attend patiemment que les choses se passent toutes seules, dans un sentiment magique que tout arrivera comme par magie au moment voulu... C'est une des postures de la sagesse contemporaine... "ça va arriver, calmez-vous, soyez zen, ce que vous voulez va arriver, faites des visualisations, de la méditation, répétez des mantras spéciaux - sans oublier les stages, les accessoires, etc. et vous allez voir  : ce que vous voulez va arriver, vous retrouverez la santé, vous retrouverez l'amour, la prospérité, la jeunesse, la beauté..." 

Et puis il y a la posture de celui qui ne sait rien, ou qui sait que cette prétention au contrôle total, ou cette fuite de la réalité, sont vains, celui qui s'abandonne à la Volonté divine, à laquelle il ne comprend d'ailleurs rien, et dont il sait à peine comment elle peut s'exprimer, par quels moyens, à quel moment, par qui. 
Ce dernier s'occupe surtout de cultiver son jardin, c'est à dire d'abord de veiller aux besoins matériels et spirituels de sa famille, dans la mesure de ses moyens et compétences et puis de travailler sur soi, dans la mesure où il le peut, selon les talents qui lui ont été attribués dans sa vie depuis sa naissance et sa renaissance par le baptême, dans la conviction sans faille que ses propres efforts, même dans ce domaine spirituel seront vains sans la grâce de Dieu qu'il n'est même pas sûr d'obtenir. 

St Dismas le vrai confesseur
de ses péchés et de la divinité
du Christ
La véritable maîtrise de soi et de sa vie est dans la posture miraculeuse du Bon Larron, celui à qui Le Seigneur a assuré qu'il serait à l'instant même de sa mort dans son Royaume. Cloué dans l'impuissance totale à changer quoi que ce soit de sa vie, que ce soit de son passé de criminel, ou de son présent, cloué douloureusement sur le bois de la croix, ou de son avenir mortel proche, il tourne le regard vers Celui qui seul sauve, qui est "le Chemin, la Vérité et la Vie" - n'en déplaise aux bons esprits tolérants et bien pensants relativistes - après avoir reconnu ses fautes, après avoir confessé l'innocence de l'Agneau immolé en même temps paradoxalement que sa Toute Puissante Souveraineté, il s'abandonne à son Seigneur, dans la confiance et l'obéissance, avec cette prière :

Souviens-Toi de moi, Seigneur dans ton Royaume !
Μνήσθητί μου, Κύριε, ὅταν ἔλθῃς ἐν τῇ βασιλείᾳ Σου!
Помяни мя, Господи, во Царствии Твоем !

Celui qui a cette posture récite tous les matins en se levant cette courte prière extraite du Notre Père :
Que Ta Volonté soit faite !

et encore celle-ci extraite de la Grande Doxologie et judicieusement traduite par Geronda Placide :

Tu es béni Seigneur enseigne-moi ta Volonté
Tu es béni Maître, fais-moi comprendre Ta Volonté
Tu es béni Saint illumine-moi par Ta Volonté

dimanche 27 février 2011

Ascèse, grâce et illumination


"Il y a des dispositions intérieures, fruits d’une ferme décision secrète accompagnée d’une prière instante qui sont plus efficaces à recevoir la grâce pour agir et se comporter selon la volonté divine que de dures et sévères ascèses. Ainsi reconnaît-on l’arbre à ses fruits." 
(extrait de feuillets attribués à St Romain de Condat)

Ainsi, de nos jours, certains s'infligent-ils pendant des années, comme les pratiquants du zazen, une posture physique rigoureuse et douloureuse dans l'espoir – peu conforme pourtant à l'orthodoxie du zen qui préconise de pratiquer gratuitement, mushotoku – d'obtenir le satori, l'illumination comme le bouddha sous son arbre. Cette ascèse, bien qu'elle ne soit pas sans creuser peu à peu leur cœur de pierre, le sculptant ainsi comme la goutte d'eau finit par creuser la roche sur laquelle elle tombe régulièrement, ne suffit pas pour autant à leur procurer cette illumination tant souhaitée. Ils ont l'illusion spirituelle d'abord que leurs efforts seuls leur permettront de parvenir au satori et ensuite ils forment dans leur esprit une image de cet état d’illumination comme celle d'un évènement extraordinaire leur assurant de surcroît un état de sérénité fiable et pérenne, voire définitif. Malheureusement il n'en est pas ainsi...



Notre icône de St Jean de l'Echelle montre bien de grands ascètes en grand habit, tout près d'atteindre la main tendue de Notre Seigneur, qui chutent parmi les noirs démons avant de parvenir au but... 
Certes on ne saurait éviter l'ascèse mais, même si elle est au-dessus de la simple morale, elle n'est peut-être seulement qu'une rampe de l'échelle qui mène au Royaume des Cieux, elle ne nous protège pas de toutes les chutes et particulièrement de la plus grave, celle causée par l'orgueil. 

Car il est probable que la grâce agit plutôt dans la douce douleur de l'abandon que dans la tension de l'effort.