mercredi 27 février 2013

La fidélité au réel et le refus des masques du chrétien orthodoxe

Publicain et Pharisien
"Les chrétiens n'ignorent pas le péché, l'échec existentiel et la chute de l'homme. Au contraire, ils le combattent par une ascèse et un effort quotidiens. Mais ils ne craignent pas, ils ne sont pas soumis à la peur de la culpabilité individuelle. Car le Christ est là, « qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29), « qui ressuscite les morts ». Cette fidélité à la réalité humaine, à la réalité de la chute comme à celle de la nouvelle naissance de l'homme, le rejet des illusions idéalistes, des formes utopiques, des embellissements et des calmants, est la qualité radicalement neuve de la vie qui fait toute la différence entre la morale chrétienne et les intentions éthiques les plus généreuses. Avant toute autre chose, la morale chrétienne vise l'identité personnelle de l'homme. Tel est son premier pas, qui est aussi le dernier: que l'homme s'identifie avec sa vérité, qu'il refuse les masques que lui impose la nécessité égocentrique de se conformer de manière extérieure et formelle aux exigences de la reconnaissance et de la considération sociales. Le chrétien ne s'intéresse pas fondamentalement à la vertu, mais il s'intéresse fondamentalement à la vérité. La vertu, si elle se fait autonome, peut éloigner l'homme de Dieu. La vérité, elle, ne peut pas se faire autonome. Car elle s'identifie avec la vie entière, avec la vie indivise. Quand bien même toute la vie de l'homme serait un éloignement de Dieu, le simple fait d'avoir conscience de cette vérité est une première relation avec Lui. Ce qui éloigne l'homme du Christ et de l'Église est la falsification de la vie, le « mensonge existentiel » des masques du surmoi, la conformité aux modèles extérieurs du comportement conventionnel." 
Christos Yannaras (La liberté de la morale)

jeudi 14 février 2013

Le désir de plaire à Dieu rencontre beaucoup d'obstacles

St Macaire l'Egyptien

Ceux qui ont aimé Dieu en vérité n'ont pas décidé de le servir en vue du Royaume, comme s'ils cherchaient à faire un marché et un bénéfice, ni non plus pour échapper au châtiment réservé aux pécheurs. Mais ils l'ont aimé comme le seul Dieu et comme leur propre Créateur. 
Ils ont reconnu par conséquent que les serviteurs doivent plaire à leur Maître qui les a créés. Et ils font preuve d'un grand discernement devant ce qui leur arrive. Car le désir de plaire à Dieu rencontre beaucoup d'obstacles dès lors que ce ne sont pas seulement l'indigence et le discrédit, mais aussi la richesse et l'honneur qui sont des tentations pour l'âme. Et en un certain sens, même la consolation et le réconfort que l'âme reçoit de la grâce peuvent très facilement se transformer en épreuve et en empêchement, si l'âme qui en a été jugée digne ne les ressent pas et n'en use pas avec beaucoup de mesure et de discernement. Car le mal, sous le couvert d'une telle grâce, s'ingénie à relâcher la tension dans l'âme, et à y faire entrer la mollesse et la négligence. 
C'est pourquoi la grâce elle-même a besoin, pour communier, d'une âme pieuse et perspicace qui sache l'honorer et porter des fruits dignes d'elle. Ce ne sont donc pas seulement les afflictions, mais aussi les réconforts qui risquent de devenir pour l'âme une épreuve. Car à travers les unes et les autres les âmes sont éprouvées par le Créateur, afin que soient clairement manifestées celles qui ne l'aiment pas pour en avoir un gain, mais qui considèrent que lui seul est digne d'une affection et d'un honneur vraiment grands. 
Ainsi pour celui qui est négligent, qui manque de foi, qui pense encore comme un enfant, les circonstances tristes et pénibles, la maladie, l'indigence, le discrédit, ou au contraire la richesse, la gloire, la louange des hommes, tout cela est un obstacle à la vie éternelle, outre la guerre cachée que nous fait le malin. 
De même à l'inverse, tu trouveras que ces mêmes circonstances aident bien plutôt l'homme fidèle, perspicace et noble, à parvenir au Royaume de Dieu. «Pour ceux qui aiment Dieu en effet, suivant l'Apôtre divin, tout concourt au bien.» il est donc prouvé par-là que l'homme qui aime vraiment Dieu, qui a rompu, vaincu et surmonté tout ce qui est considéré dans le monde comme un obstacle, s'attache uniquement à l'amour divin. «Les pièges des pécheurs m'ont entouré, dit le Prophète, mais je n'ai pas oublié ta loi.» St Macaire l'Egyptien ( Philocalie des Pères Neptiques Sur l'élévation de l'intelligence)