mardi 28 février 2012

Devant l'angoisse existentielle fondamentale de la mortalité, l'homme d'aujourd'hui est nu par P. André Borrely


"Le discours chrétien sur la mort et la résurrection est désormais considéré comme hors jeu par une grande partie de nos contemporains. Face à l'inéluctable événement de la mort, ces derniers attendent de la Science qu'elle résolve un problème qui, par essence, n'est pas scientifique mais existentiel. Les hommes et les femmes de ce temps placent leur espérance, qui n'est plus chrétienne, en une Science capable, un jour, d'accumuler indéfiniment la somme de nos jours, d'endiguer souverainement cette maladie répugnante qu'est devenue, aux yeux de nos contemporains, la vieillesse et d'exterminer la mort. Nous vivons comme si nous n'allions pas mourir, comme si notre existence pouvait être dégagée de la réalité aliénante de la mort. Devant l'angoisse existentielle fondamentale de la mortalité, l'homme d'aujourd'hui est nu comme il ne l'avait jamais été auparavant. Certes, l'homme a toujours su que nul ne pouvait mourir à sa place et que l'événement de la mort est pour chaque être humain l'expérience d'une terrible et redoutable solitude. Mais ce qu'il y a de nouveau dans notre civilisation actuelle, c'est le fait que, pour la première fois dans l'histoire des hommes, on s'ingénie à ignorer l'événement humain de la mort. On ne sait plus ce que tous les hommes, partout, ont toujours su : que personne ne doit mourir seul, que l'amour et la prière des vivants peuvent faciliter l'ultime exode, le grand passage. On sacrifie aux défunts un jour par an, le deuxième de novembre, mais c'est un jour sans espérance qui a significativement submergé la fête du 1er novembre qui n'est plus perçue comme une fête de lumière sans déclin, divine et incréée, joyeuse et sereine, mais comme celle des chrysanthèmes et des cimetières." P. André Borrely (extrait de son très beau texte  Mon Royaume n'est pas de ce monde)

samedi 25 février 2012

De la vie monastique dans l’Église orthodoxe

"De la vie monastique, [de] la conception particulière qu’en a l’Église orthodoxe et [...] de la forme qu’elle prend dans le cadre, empreint de beauté et de pureté, de la Sainte Montagne. Le texte a la forme d’un dialogue entre un moine athonite, le père Chrysostome, et un théologien, un juriste et l’auteur du récit. Alors que le théologien a du monachisme une conception mondaine et moderniste (centrée sur l’activité sociale du moine, le christianisme étant, selon lui, une religion essentiellement sociale et altruiste), le moine athonite défend le monachisme tel qu’il est conçu par la tradition orthodoxe, spécialement la tradition hésychaste où, comme le disait saint Maxime le Confesseur, l’action est contemplative et la contemplation active, et où le moine tant dans la vie communautaire ecclésiale que dans la solitude et le silence de l’hésychia, a un mode de vie qui n’est plus de ce monde, tout en incluant le monde dans son amour et dans sa prière. Cette dernière conception est confirmée par l’ancien Théolepte, qui vient rejoindre les autres interlocuteurs, puis par un ermite dont tous font la rencontre. Différents sujets relatifs à la vie spirituelle sont successivement abordés – la foi, l’ascèse, la prière, l’amour, la paix … – d’une manière à la fois vivante et poétique, fondée sur l’expérience et non sur la spéculation abstraite  (dont les limites sont souvent soulignées), ce qui n’empêche pas d’en définir la nature avec profondeur."
in  Recension de Jean Claude LARCHET du livre de P. Théoclète Dionysiatis, « Entre ciel et terre », traduit du grec par le P. Ambroise Fontrier, L’Age d’Homme, Lausanne 2011, 227 p. (« La Lumière du Thabor »).

dimanche 19 février 2012

Lecture de l'Évangile selon Saint Matthieu (du jour) (Mt XXV,31-46)


En ce temps-là, Jésus déclara : « Lorsque le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, avec tous les anges, il s'assiéra sur le trône de sa gloire. Toutes les nations seront assemblées devant lui. Il séparera les uns d'avec les autres, comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs ; et il mettra les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; j'étais nu, et vous m'avez vêtu ; j'étais malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Les justes lui répondront : Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger ; ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire ? Quand t'avons-nous vu étranger, et t'avons-nous recueilli ; ou nu, et t'avons-nous vêtu ? Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi ? Et le roi leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites. Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche : Retirez-vous de moi, maudits ; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli ; j'étais nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. Ils répondront aussi : Seigneur, quand t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t'avons-nous pas assisté ? Et il leur répondra : Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle. »

dimanche 12 février 2012

Tout ce cinéma intérieur si souvent absurde ou inutile...

"« Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi ! » C'est le grand secret des moines et de tous les hommes spirituels depuis les Pères du Désert. Pour eux – c'était le cas de saint Séraphin – cette invocation pleine de foi et d'amour au Seigneur Jésus était devenue comme la respiration de leur âme. Ils aimaient aussi ponctuer leurs journées d'invocations comme « Trinité sainte, gloire à toi !» « Gloire à Dieu pour tout ! » « Très sainte Mère de Dieu, sauve-nous ! » Cela remplaçait complètement chez eux tout ce cinéma intérieur si souvent absurde ou inutile qui occupe tant d'esprits." Geronda Placide (in Lettres aux amis du Monastère)

dimanche 5 février 2012

La tentation et l'art de la natation


"Ceux qui ont à nager en mer et qui connaissent l'art de la natation, plongent quand la vague arrive sur eux, et se laissent aller dessous jusqu'à ce qu'elle soit passée. Après quoi ils continuent de nager sans difficulté. Mais s'ils veulent s'opposer à la vague, celle-ci les repousse et les rejette à une bonne distance. Dès qu'ils se remettent à nager, une nouvelle vague vient sur eux ; s'ils résistent encore, les voilà de nouveau repoussés et rejetés : ils se fatiguent seulement et n'avancent pas. Qu'ils plongent au contraire sous la vague, comme je l'ai dit, qu'ils s'abaissent dessous, et elle passera sans les gêner ; ils continueront à nager tant qu'ils voudront, et à accomplir ce qu'ils ont à faire. Ainsi en est-il des tentations. Supportées avec patience et humilité, elles passent sans faire de mal. Mais si on reste à s'affliger, à se troubler, à accuser tout le monde, on se fait souffrir soi-même, en rendant plus accablante pour soi la tentation, et il en résulte que celle-ci nous est non seulement sans profit, mais même nuisible."
Dorothée de Gaza 
Œuvres sprituelles,
Sources Chrétiennes 92 (éd. et trad. Regnault & Préville).

jeudi 2 février 2012

Es-tu tombé ? Relève-toi. Tombes-tu de nouveau ? Relève-toi encore

L'UTILITÉ DES TENTATIONS 

"Car les tentations sont très profitables à qui les supporte sans trouble. Même lorsqu'une passion nous harcèle, nous ne devons pas nous en troubler. Si l'on se trouble en l'occurrence, c'est par ignorance et par orgueil, c'est parce qu'on méconnaît son propre état et qu'on fuit la peine... On doit plutôt reconnaître humblement ses limites et attendre dans la prière que Dieu fasse miséricorde. Car celui qui n'est pas tenté et qui ignore le tourment des passions, ne lutte pas non plus pour être purifié.

C'est en effet quand les passions se dévoilent à ceux qui combattent, qu'elles sont anéanties par eux. D'abord naissent les pensées passionnées, puis les passions se montrent, et alors elles sont anéanties. Tout cela s'applique à ceux qui combattent. Mais nous qui commettons le péché et entre tenons toujours les passions, nous ne savons pas quand naissent les pensées passionnées, ni quand se dévoilent les passions pour combattre contre elles... Qui nous donnera de prendre au moins conscience de notre amère servitude, afin d'en être humiliés et de faire effort pour obtenir miséricorde ?...

Quand le diable voit que Dieu s'est penché sur une âme pour lui faire miséricorde et la soulager de ses passions, soit par sa parole, soit par l'un de ses serviteurs, alors, lui aussi l'accable davantage sous le poids des passions et l'attaque avec plus de violence. Sachant cela, les Pères fortifient l'homme de leurs enseignements et ne le laissent pas s'effrayer. L'un dit : « Es-tu tombé ? Relève-toi. Tombes-tu de nouveau ? Relève-toi encore, etc. » Un autre déclare : « La force de ceux qui veulent acquérir les vertus consiste à ne pas se décourager quand ils tombent, mais à reprendre leur résolution. » Bref, chacun à sa manière, d'une façon ou d'une autre, tend la main à ceux qui sont combattus et tourmentés par l'ennemi. Ce faisant, les Pères s'inspiraient des paroles de la divine Écriture : « Celui qui tombe, ne se relève-t-il pas ? Et celui qui s'égare, ne revient-il pas ? Tournez-vous vers moi, enfants, et je guérirai vos blessures, dit le Seigneur » (Jr. 8, 4 et 3, 22)...
Ainsi l'âme qui a cessé de commettre le péché et traversé la mer spirituelle, doit d'abord peiner dans la lutte et de multiples afflictions, et c'est ainsi à travers les épreuves qu'elle entrera dans le saint repos. « Car il nous faut passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le Royaume des Cieux » (Ac. 14, 22). Les tribulations excitent en effet la miséricorde de Dieu sur l'âme, tout comme les vents déclenchent la pluie. Et de même que la pluie trop fréquente fait pourrir le bourgeon encore tendre et détruit son fruit, tandis que les vents le font peu à peu sécher et lui rendent vigueur, ainsi pour l'âme : le relâchement, l'insouciance, et le repos l'amollissent et la dissipent ; les tentations au contraire la recueillent et l'unissent à Dieu. « Seigneur, dit le Prophète, dans la tribulation nous nous sommes souvenus de toi » (Is. 26, 16). Il ne faut donc pas, comme nous l'avons dit, nous troubler ni nous décourager dans les tentations, mais patienter, rendre grâces et demander sans cesse à Dieu, avec humilité, d'avoir pitié de notre faiblesse et de nous protéger contre toute tentation pour sa gloire."
Dorothée de Gaza 
Œuvres sprituelles,  
Sources Chrétiennes 92 (éd. et trad. Regnault & Préville).